CANONGE ZENINO DUO JAZZ

Duo Jazz

16e saison en duo au Baiser Salé pour Mario Canonge, pianiste et compositeur (Fort-de-France, 1960) et Michel Zenino, contrebasse (Marseille, 1959). L'exercice est rare. Les clubs, optent pour des formules de mini-concerts. Donc, leur fonction respiratoire - donner l'occasion à des musiciens de jouer, rejouer, approfondir, en présence d'un public qui revient - est en voie d'extinction.

Les mercredis du Baiser salé, où jouent Mario Canonge et Michel Zenino sont une exception. Petite salle, bonne acoustique, expérience à suivre. Détail pour les anxieux, le Baiser salé n'est pas un caveau, mais une salle à l'étage qui a profité de sa fermeture pendant le confinement pour opérer une transformation qui surprend et ravi public et artistes . D'une même voix, Mario et Zenino : "Beaucoup de gens reviennent. Ils accompagnent notre évolution. Nous ne répétons jamais. Nous nous lançons des idées, souvent au téléphone, et nous les réalisons en scène, sur les standards, ou selon un répertoire approfondi : Ornette (Coleman), Horace Silver, Mingus, Monk."

Qu'est-ce qu'un duo piano-contrebasse en jazz ? La première réponse, c'est celle que donne Mario Canonge : "D'abord, c'est une sorte de mise à l'écart de la batterie, sans refus. Il nous arrive de jouer avec des batteurs formidables, Tony Rabeson, Simon Goubert, Keith Copeland, mais en duo, plus rien ne pardonne. Le batteur rend toute chose facile. C'est rassurant, commode, alors qu'en duo il faut être attentif à tout instant. On ne peut pas se relâcher, et d'ailleurs, au bout d'une heure et demie de dialogue, on est presque contents d'arrêter. L'exercice demande une vraie concentration. Il ne permet aucune faiblesse sur les harmonies, sinon le discours s'épuise de lui-même."

Zenino : "En un sens, les standards, c'est ma formation de base. Avant d'étudier au Berklee College, je jouais avec mon père, guitariste dans les dancings, les bals, mais aussi les grandes compositions du jazz. J'ai évolué vers des formes plus modernes, aux côtés des pianistes Siegfried Kessler, Manuel Rocheman. Mais le duo permet de revenir au répertoire que je pratiquais comme accompagnateur des musiciens de passage (Steve Grossman, Shepp, Sandoval, James Carter...)."

A Fort-de-France, le curé du quartier Sainte-Thérèse donne ses premiers cours de piano à Mario Canonge. Orgue et accompagnement de la fameuse Chorale du François. Son voisin Alex Bernard, contrebassiste fondamental de la Martinique, l'aiguille vers les grands musiciens plus jazz de l'île, "les belles harmonies", Marius Cultier, Malavoi, Paulo Rosine, Fal Frett.

Si bien que, complétée par une professeure classique, sa formation, de rue et classique, le lance : "A Paris, en 1979, je passe trois ans en musicologie à l'université de Vincennes. Pas terrible pour la musique, mais pour les rencontres, oui, pour l'ouverture à tout ce qui concerne la musique. Je fais les petits clubs, remplace Bibi Louison, je cherche à voir Alain Jean-Marie, qui est un maître pour moi. Et je joue à tour de bras, toutes sortes de musiques différentes, jazz, salsa, sauf la musique antillaise."

Pendant qu'il appartient à une trentaine de groupes différents ("je ne disais jamais non"), Zenino en quartette gagne le Premier Prix de la Défense (1985). Leur rencontre, suscitée par le saxophoniste Simon Spang Hanssen, les frappe dans le même sens. Le sentiment d'un rapport "télépathique""Mais aussi d'une expérience à dépasser en même temps qu'on la partageait, poursuit Canonge. Plus cette envie d'entrer à fond dans un projet, sans le survoler. En le laissant s'étendre sur le spectre du jazz, du plus ancien au plus contemporain, dans l'espace considérable que laisse le dialogue entre deux solistes."

Quelle qualité se dégage de l'exercice ? Zenino : "La pleine confiance. L'autre peut prendre tous les risques, on ne se demande rien, pas plus qu'on n'a à rester dans les clous."

Mario Canonge : "La musicalité. Quand j'ai rencontré Michel, en 2004, je me suis rendu compte que j'avais joué avec beaucoup de bassistes électriques. Et là, soudain, il me renvoyait à la présence d'Alex Bernard. Avec en plus sa virtuosité si personnelle. En duo, les gens viennent écouter une musique en train de se faire, pas consommer un produit fini."

 

Au Baiser Salé :

Le Mercredi 25 Mai /// 19h30
 

Actualité à suivre

CZ /// 01/04/2021